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Le Noah, le Baco et les cépages résistants : quand l’histoire éclaire la viticulture de demain

Photo du rédacteur: Xavier Hébrard
Xavier Hébrard
6 sept.
3 min de lecture

Un article publié dans Terre de Vins, intitulé « Le Noah rendait-il vraiment fou ? », signé Yves Tesson et paru le 28 août 2026, a retenu mon attention, notamment par l’entretien qu’il propose avec Fabienne Moreau, historienne et auteure de L’histoire retrouvée des cépages interdits.

Paysage Viticole
Paysage Viticole

Au-delà de l’anecdote historique autour du Noah, cet article permet de revenir sur l’histoire des cépages hybrides et sur une question qui reste particulièrement actuelle : quelle place pouvons-nous accorder aujourd’hui à des cépages autrefois rejetés, alors que la viticulture doit répondre à de nouveaux enjeux agronomiques et environnementaux ?

Une histoire nourrie d’idées reçues

Après la crise du phylloxéra, plusieurs cépages hybrides — Noah, Clinton, Jacquez ou Herbemont — se sont développés en France. Ils présentaient alors des atouts importants : une certaine résistance aux maladies et la possibilité d’être cultivés sans recours au porte-greffe.

Pourtant, ces cépages ont été interdits en 1934. Contrairement à une croyance tenace, le Noah n’a pas été interdit parce qu’il « rendait fou ». Cette réputation s’est construite progressivement. Les hybrides ont également été associés à leur caractère dit « foxé », ainsi qu’à une teneur supposément excessive en méthanol.

Fabienne Moreau rappelle toutefois qu’il est nécessaire de replacer ces accusations dans leur contexte historique. La décision de 1934 intervient avant tout dans une période de surproduction viticole et de volonté de régulation du marché. Dans les débats parlementaires de l’époque, les considérations liées à la santé des consommateurs ne semblent d'ailleurs pas constituer le principal motif de l'interdiction.

Une histoire qui mérite donc d’être abordée avec davantage de recul, en distinguant les faits historiques, les représentations collectives et les réalités économiques de l’époque.


Distillation en Armagnac
Distillation en Armagnac

Le Baco : une singularité française

Dans ce contexte, le Baco blanc trouve toute sa singularité.

Issu du croisement entre la Folle Blanche et le Noah, il a été retenu pour ses caractéristiques agronomiques et son intérêt pour la distillation. Il fait ainsi partie des cépages utilisés dans l’élaboration de l’Armagnac. Cette présence dans une production emblématique du Sud-Ouest constitue une illustration intéressante de la manière dont certains cépages hybrides ont pu trouver une place particulière dans notre patrimoine viticole.

Récemment, les travaux de Xavier Hastoy, menés dans le cadre de sa thèse dirigée par Gilles de Revel, enseignant-chercheur en oenologie à l'ISVV de Bordeaux, ont également mis en évidence la richesse du Baco blanc en eugénol, une molécule associée à son expression aromatique de clou de girofle et présentant un intérêt dans l’étude de ses relations avec le Botrytis cinerea.

Ces travaux laissent ainsi entrevoir un intérêt qui dépasse la seule utilisation du Baco pour la distillation et ouvrent des perspectives sur ses caractéristiques aromatiques et son potentiel œnologique.


La recherche aujourd’hui

Dans le même esprit, l’INRAE et l’IFV travaillent depuis plusieurs années à la création et à l’étude de cépages présentant une meilleure résistance aux principales maladies de la vigne.

Des variétés comme Artaban, Vidoc, Floréal ou Voltis commencent progressivement à trouver leur place dans le paysage viticole français. Certaines appellations, notamment à Bordeaux, dans le Val de Loire ou dans le Languedoc, ont également commencé à intégrer des cépages résistants dans leurs cahiers des charges.

Il ne s’agit plus simplement de rechercher des cépages capables de résister aux maladies. L’objectif est désormais beaucoup plus complexe : associer résistance, adaptation au changement climatique, comportement agronomique, qualité des raisins et potentiel organoleptique des vins.

Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si une vigne résiste, mais de déterminer comment cette résistance peut s’intégrer dans un système viticole cohérent et durable.


Une réflexion pour la viticulture de demain

Cette histoire résonne particulièrement avec les défis auxquels la viticulture est aujourd’hui confrontée : changement climatique, réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, évolution des attentes des consommateurs, baisse de la consommation de vin et fragilité économique de certaines exploitations.

Sécheresse du sol
Sécheresse du sol

L’évolution des cépages résistants constitue d’ailleurs une étape intéressante dans cette réflexion. Après plusieurs décennies durant lesquelles les hybrides ont occupé une place marginale dans la viticulture française, la recherche s’intéresse aujourd’hui à de nouvelles variétés issues de croisements et sélectionnées pour leur capacité à répondre à certaines contraintes agronomiques et environnementales. La recherche va même au delà en poussant le raisonnement sur les modèles viticoles de demain, dans lesquels adaptation, réduction des intrants, qualité des vins et préservation de leur identité devront progressivement être envisagées de manière complémentaire.


Pour aller plus loin

Découvrez l’article complet d’Yves Tesson dans Terre de Vins : « Le Noah rendait-il vraiment fou ? »

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